Quels sont les enjeux concurrentiels associés à la décarbonation des sites industriels ?

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Author(s) :
Christophe Caron, Jean-Pierre Ponssard

Quels sont les enjeux concurrentiels associés à la décarbonation des sites industriels ?

Réflexions à partir du cas du captage et stockage du carbone dans l’industrie cimentière

 

Cette note s’intéresse à l’articulation des méthodologies d’évaluation de projets lorsqu’on passe du point de vue public au point de vue privé. Il s’agit plus particulièrement d’analyser comment les enjeux concurrentiels dans les décisions d’investissement de rupture pour la décarbonation des sites industriels influent sur cette articulation. Le secteur cimentier est emblématique à cet égard : d’une part, la concurrence qui y est notoirement imparfaite, et d’autre part, l’adoption des technologies de capture et de séquestration du carbone (CSC) constitue une étape indispensable pour éliminer les émissions incompressibles liées au processus de production.
L’analyse portera sur :

  • La résolution d’un modèle stylisé par la théorie des jeux mettant en évidence deux types de comportements rationnellement envisageables, un comportement d’escalade dans lequel l’investissement est avancé en vue d’acquérir un avantage concurrentiel ou un comportement de procrastination dans lequel il est retardé pour maximiser les profits de l’industrie ; dans un secteur concentré c’est ce deuxième type de comportement qui est vraisemblable, ce qui justifie la mise en place de subvention pour combler ce décalage ;
  • la pertinence de ce résultat pour caractériser le niveau des subventions nécessaire au lancement d’une vague de projets CSC envisageables en Europe à l’horizon 2035 ; on montre notamment que les niveaux de subvention sont du même ordre de grandeur que ceux constatés lors de la première vague de financement, et donc compatibles avec les contraintes réglementaires en vigueur, alors que ceux qui résulteraient d’une analyse coût bénéfice traditionnelle basée sur le coût d’abattement conduiraient à ne financer qu’un tiers des projets.

On montre ainsi que le taux de subvention optimal doit être différencié selon la structure concurrentielle locale, et non uniformément fixé comme le suggère l’analyse coût-bénéfice traditionnelle.

 

Mots Clés : Analyse coût bénéfice, investissement de rupture, secteur cimentier, aspects concurrentiels stratégiques dans les décisions privées